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Un peu d'histoire

La plongée à travers les siècles (par Laurent GONTHIER)

L'antiquité

Depuis l'aube des civilisations, le fond des mers a toujours attiré l'homme. C'est lentement qu'il a entrepris son exploration, d'abord par curiosité, puis pour se nourrir. Certains ont osé mettre la tête sous l'eau, ce sont les premiers aventuriers du monde sous-marin. Ces premières expériences datent de la préhistoire, et très peu d'informations nous ont été laissées. Les premières références à une activité sous-marine datent de l'antiquité égyptienne avec les temples de Thèdes. Certains monuments de plus de 5000 ans sont décorés de coquilles d'huîtres. On raconte que 5 siècles avant Jésus-Christ, le roi Xerxes engageait des plongeurs pour retrouver des trésors sous les mers. Rapidement l'apnée est utilisée à des fins militaires. Il s'agissait de nuire aux flottes ennemies en faisant des trous dans la coque ou de couper les amarres et ainsi pouvoir les dépouiller de leurs biens.
Alexandre le Grand, en 325 av JC, construisit une machine qui pourrait bien être l'ancêtre de la cloche sous-marine.
Pour étudier le monde sous-marin, il fit construire un tonneau étanche ouvert sur un seul côté, qui une fois bien enfoncé sous l'eau emprisonnait une bulle d'air.
Ce tonneau a été nommé "Colympha" et devint le premier instrument pour pratiquer la plongée sous-marine fabriqué par l'homme.

Le XVème siècle

Durant le moyen âge, sur une période d'environ 1000 ans, rien ne progresse concernant la plongée. Sous le dogme catholique on navigue peu et la mer n'est qu'une curiosité dangereuse. Une forme de scaphandre voit le jour dans un manuscrit allemand de 1430, constitué d'une tenue de cuir étanche et d'un tube relié avec la surface. En 1500, Léonard de Vinci dessine la première forme de tuba connu, mais celui-ci est beaucoup trop long pour permettre aux poumons de fonctionner. Les plongeurs qui essayent ces nouveaux procédés, s'intoxiquent rapidement avec le gaz carbonique qu'ils respirent.

Le XVIème siècle
À part des images du 16ième siècle trouvées en Inde, nous montrant des hommes dans des caissons, aucun récit n'a malheureusement été laissé avec ces images. La Renaissance bouleverse le monde et la plongée profite de ces avancées. On tente d'abord d'augmenter le temps d'immersion des plongeurs en les faisant respirer depuis la surface grâce à un tube.
En 1531, un italien du nom de Lorena construit une cloche pour rechercher des épaves. Il ne reste malheureusement plus grand chose de ses recherches.
Le XVIIème siècle
Le physicien italien Borelli met sur papier en 1680, un sac de cuir gonflé d'air, un peu comme un poumon artificiel, que les travailleurs sous-marins utilisent comme recycleur (rebreather). Le plongeur respire grâce à tuyau qui relie le sac à la bouche du plongeur. Il invente aussi un chausson palmé que les plongeurs portent aux pieds. Les historiens lui donnent le crédit de l'inventeur de la première palme.
En 1690, Edmund Haley, l'astronome, fabrique une cloche qu'il recouvre de plombs pour qu'elle puisse résister à la pression.
L'air y est régénéré par des tonneaux étanches, contenant de l'air, reliés à des tubes en cuir. Lors du premier essai, Haley plonge avec quatre autres hommes pendant plus d'une heure à une profondeur d'environ 50 pieds. Il est possible pour les plongeurs de quitter la cloche à tout moment, grâce à un casque alimenté par un tuyau. Cette cloche sera utilisée pour des travaux sous-marins, tels que la construction de ponts, de digues et de jetées. Denis Papin propose à cette époque d'injecter de l'air sous pression depuis la surface, mais la technologie n'existe pas encore et il faudra attendre une centaine d'année pour que ses schémas soit utilisés.

Le XVIIIème siècle

John Lethbridge se lance dans les eaux vers 1720 au fond des mers dans un tonneau de bois de 2 mètres de long, duquel ne dépassent que ses deux bras, et muni d'une plaque de verre grâce à laquelle il peut voir. Il parvient à demeurer une trentaine de minutes à une cinquantaine de pieds avec son engin.

Jacob Rowe explore "le galion de Tobermory" en 1729, grâce notamment à sa machine à plonger dont il était l'inventeur.

Cet ingénieux costume de plongée avait le défaut de son inconfort. Les plongeurs se tenaient à plat ventre dans cette , leurs bras enfilés dans des gaines de cuir serrées aux poignets.

En 1772, Fréminet fabrique un engin qu'il baptise machine hydrostatergatique.
Cet appareil est constitué d'un casque de cuivre muni de 3 hublots et d'un réservoir pour assurer la respiration du plongeur qui, lui, porte un habit de cuir.
Avec une autonomie de moins de 5 minutes à une cinquantaine de pieds , Fréminet aura surtout eu la vision des premiers scaphandriers.
Plus tard, il dessinera un énorme réservoir que le plongeur traîne derrière lui.
La circulation de l'air était assurée par des ressorts qui faisaient bondir la machine sur un fond dénivelé. Plus les travailleurs de la mer restent longtemps sous l'eau, plus ils sont souvent malades à la remontée.
Certains y perdent la vie ou gardent des séquelles de leurs aventures.
L'ère des scaphandres est maintenant proche.

 

En 1797, Klingert met au point le premier véritable scaphandre.
Constitué d'une veste, d'un pantalon de cuir étanche, de lest et d'un casque à hublots dans lequel arrive un tuyau injectant de l'air, et un autre pour l'expiration.
Grâce à cet équipement, des hommes peuvent marcher au fond des mers.
Son invention connaît un grand succès. Les frères Braithwaite utilisèrent ce système pour explorer le navire HARTWELL de la compagnie anglaise des indes orientales, coulé devant Boa Vista, aux îles du Cap-Vert.

Le XIXème siècle

En 1808, Friedrich von Drieberg développe un appareil nommé Triton.
Ce système utilise une réserve d'air portée au dos par le plongeur et reliée à la surface par un tuyau.
Le plongeur peut donc respirer l'air de la poche sur son dos et l'air est régénéré à la surface.
Un allemand du nom d'Auguste Siebe, surnommé par plusieurs comme étant le véritable "père de la plongée", va améliorer ce scaphandre jusqu'à un équipement encore utilisé de nos jours avec le scaphandre lourd.
À partir de la cloche de Denis Papin, dont il réduit les dimensions à la taille d'un homme, il fait ses premières tentatives concluantes : le plongeur, confortablement lesté, respire de l'air comprimé, mais il doit rester tout à fait droit pour éviter que l'air ne soit remplacé par de l'eau.
En 1823 l'anglais Charles Anthony Deane obtient un brevet sur une invention qu'il nomme casque à fumée.
Conçu d'abord pour les pompiers, ce casque sera rapidement utilisé par les plongeurs.
Le casque tient sur la tête du plongeur grâce des plombs et à des attaches.
L'air provient de la surface avec des tuyaux.
En 1828, Charles et son frère se font remarquer sur le marché avec ce nouveau casque qui n'est pourtant pas l'idéal pour les plongeurs puisque ceux-ci ne peuvent bouger la tête risquant sinon de le remplir d'eau.
Ce costume fut quand même utilisé dans de nombreuses opérations de renflouages.
Autour de 1830, les frères Dean consultent Siebe pour faire de leur casque à fumée un véritable casque de plongée sous-marine.
Siebe relie le casque à un joint d'étanchéité laissant passer uniquement l'air et y ajoute un habit de caoutchouc.
Les frères Dean utilisent une pompe dessinée par Siebe, pour pomper l'air de la surface.
La combinaison connaît un grand succès. Le plongeur est maintenant totalement au sec et l'air peut désormais circuler librement entre son habit et son casque.
En 1836, Charles publie le premier manuel de plongée de l'histoire, intitulé how to.

Pendant ce temps, les cloches de plongée s'améliorent. Maintenant fabriquées en acier, elles sont aussi beaucoup plus grandes et peuvent accueillir jusqu'à une douzaine de travailleurs.
Aux alentours de 1840, elles ressemblent de plus en plus à des cubes massifs qu'à des cloches.
Des hommes peuvent y travailler toute la journée. Elles étaient utilisées pour la construction de ports, de fondations de phares, de quais et de renflouage de cargaison d'épaves.
À cette époque, une nouvelle maladie frappe les travailleurs sous-marins.
Des maux divers frappent les hommes qui travaillent sous l'eau. Les symptômes sont variés : picotements, saignements, difficultés à respirer, paralysie totale ou partielle, allant même jusqu'à la mort sans que personne ne sache de quoi il s'agisse.
Cette nouvelle maladie est surnommée le mal des caissons.

 

En 1855, Joseph Cabirol présente à l'Exposition Universelle son scaphandre et suscite un grand intérêt.

Le casque est doté de quatre hublots et dispose d'un double système de sécurité, un pour l'arrivée de l'air qui est assurée par un tuyau fixé près de l'oreille droite, une soupape qui permet une régulation manuelle et un tuyau de sécurité dit sifflet qui part de la bouche. Relativement maniable, cette combinaison connaît un grand succès grâce, entre autre, aux expériences publiques que son inventeur organise.
Ainsi, il fait descendre à plus de 130 pieds un homme équipé de son scaphandre.

Entre 1866 et 1873, Benoît Rouquayrol et Auguste Denayrouze fabriquent un nouvel équipement avec un système d'alimentation en air dans lequel le plongeur respire grâce à un détendeur qui lui fournit de l'air à pression ambiante et sur demande.
Jules Verne , le premier, se saisit de cette invention pour en doter le capitaine Nemo, qui s'est juré totale liberté et indépendance au sein des mers. C'est aussi le scaphandre que Cousteau et Gagnan inventeront quatre vingts ans plus tard ! D'un poids total de 185 livres, ce scaphandre est des plus stables, il est résistant, et est muni d'une liaison téléphonique reliée avec la surface.
Dotés d'un large casque à hublots et de semelles de plomb, les plongeurs peuvent atteindre de plus grandes profondeurs et se voient désormais confier diverses missions.
La grande époque des "Pieds lourds" commence. Ce nouveau système prendra le nom de Self-Contained Underwater Breathing Apparatus", ou SCUBA.
Il s'agit d'équipements comprenant une bouteille d'air, et qui permettent au plongeur d'être autonome sous l'eau.

 

À partir de ce modèle, seront fabriqués plusieurs types de scaphandres rigides, souvent articulés.
Bien que Rouquayrol et Denayrouze poursuivent leurs recherches, et mettent notamment en service en 1864 le régulateur à gaz, ancêtre du détendeur permettant l'autonomie des plongeurs, les scaphandres lourds seront régulièrement utilisés par les travailleurs de la mer, jusqu'au milieu du XXe siècle.
L'époque ne se prêtant pas à l'exploration sous-marine, la mer est toujours une curiosité considérée comme un milieu hostile.
Trop cher, difficile à fabriquer et de capacité limitée, le détendeur de Rouquayrol et Denayrouse disparaît rapidement de la circulation.
En 1878 Henry Fleuss, un officier de la marine, développe un recycleur à circuit fermé utilisant de l'oxygène.
Il utilise pour son système, un masque de caoutchouc étanche et un sac relié à une bouteille de cuivre, remplie d'oxygène.
Ses premiers essais furent tentés dans un petit bassin rempli d'eau, dans lequel il demeura environ une heure. Plus tard, il marchera dans le fond d'une rivière, à une profondeur d'une vingtaine de pieds.
Son système fut par la suite utilisé pour sauver des mineurs prisonniers d'inondation dans leurs mines.

Pendant ce temps, les cloches sont améliorées en caissons. On réussit même, avec l'aide de pompes, à enlever l'eau qui s'infiltre à l'intérieur. Ces caissons permettent la construction de ponts et de tunnels. Par contre, puisque les hommes se permettent de rester plus longtemps sous l'eau, les maux engendrés par les séjours en caissons, sont de plus en plus importants.
Un physiologiste français, va s'intéresser à ce mal en 1878 et en expliquer les causes.
Paul Bert décrit le rôle toxique de l'oxygène pur et des effets de l'air respiré trop longtemps sous pression.
Il décrit aussi l'effet de l'azote dans le sang et les tissus des travailleurs sous-marins, et son effet lors de la remontée vers la surface.
Il suggère donc aux scaphandriers, de regagner plus lentement la surface, et de placer les accidentés dans des caissons de recompression remplis d'oxygène pur.
Malgré ces premières découvertes, les accidents liés à l'application de cette méthode de décompression demeurent encore nombreux.

 

XXème siècle

Entre 1896 et 1907, John Scott Haldane, un physiologiste anglais, reprend les expériences de Paul Bert.
Après avoir bien étudié le mal des caissons, il détermine que le plongeur doit faire un palier à chaque fois que la pression qu'il subit en remontant, est divisée par deux.
Le physiologiste britannique vient de créer le principe des tables de décompression .
Ces tables limitent la profondeur de travail à 64 m. Les paliers sont effectués à 24, 21, 18, 15, 12, 9, 6 et 3 mètres.
Ce sont les mêmes profondeurs que l'on retrouve sur une grande partie des tables de décompression actuelles, et plus de 80% des ordinateurs de plongée les utilisent.
Dès 1907, les marines européennes et américaines adoptent la table de Haldane.

En 1909, une compagnie allemande du nom de Draeger, manufacturier de valves de gaz, d'équipement pour les pompiers et pour la sécurité dans les mines, se lance dans la fabrication d'équipements de plongée sous-marine.
Ils inventent un système de plongée combinant le casque dur (hard hat) à un système de deux bouteilles d'air comprimé, que le plongeur traînait sur son dos.
Le système prenait l'air du casque et le recyclait en passant par les bouteilles.
Le plongeur avait même accès à une source d'air de secours, qu'il gardait sur sa poitrine.
Ce système pouvait être utilisé jusqu'à une soixantaine de pieds pendant environ 2 heures.
D'année en année, Draeger fera avancer le monde de la plongée en améliorant constamment ses équipements de plongée.

 

À partir de 1920, des chambres d'observations dans lesquelles, un homme pouvait prendre place, et communiquer, via un téléphone avec la surface sont développées.

La chambre était stabilisée par du lest à sa base.
En cas d'urgence, le plongeur pouvait larguer ce poids, et ainsi, la chambre remontait à la surface.
Utilisées pour divers travaux à de grandes profondeurs, les travailleurs s'en servaient au départ pour installer des explosifs.
Par la suite, des compagnies anglaises et italiennes s'en servirent pour récupérer des cargaisons de leurs navires coulés durant la première guerre.

En 1923 le Scaphandre de "Neufeldt-Kuhnke" fait son apparition. Cet appareil extraordinaire a été utilisé au début du XXe siècle pour travailler en eaux profondes.

Ses parois résistent à des pressions pouvant aller jusqu'à 500 pieds.
Le système de respiration est géré en circuit fermé.
Un téléphone permet au plongeur, de rester en contact avec la surface, et les pinces faisant office de mains sont suffisament maniables pour effectuer des travaux précis.
De tels équipements seront toutefois supplantés par les scaphandres autonomes car, malgré leur résistance à la profondeur, la pression écrasant les joints d'articulation interdisait tout mouvement.

Travaillant depuis quelques années sur un système à circuit ouvert, Yves Le Prieur brevète en 1933 un semblant de scaphandre bien mal confectionné, un scaphandre qui n'a pas de régulateur à la demande et dont le débit de la bouteille doit être réglé à la main.
Grâce à ses démonstrations en piscine, Le Prieur provoque un véritable engouement pour le monde sous-marin.
Son système est même adopté par la marine et par les pompiers de Paris.
Le détendeur à la demande est oublié au profit du débit continu.
La technologie fait alors un grand pas en arrière.


En 1938 apparaît le DM40 de la société Draeger. C'est un recycleur (rebreather) que les plongeurs portent dans le dos. Il est basé sur les mêmes principes que l'actuel Dolphin ou Ray de cette compagnie.
Dans le dos, on trouve une bouteille d'oxygène pur et une d'air comprimé pour faire un mélange calculé d'un bon NITROX ! Deux tuyaux à l'arrière du casque permettent de former un circuit d'air neuf et d'air
 
à régénérer.

Dans les années qui suivent, Jacques-Yves CousteauEmile Gagnan de la société Air Liquide, spécialisée dans les gaz industriels. Celui-ci vient de miniaturiser un détendeur permettant d'alimenter les moteurs de camion en gaz de ville pour palier la pénurie d'essence imposée par les Allemands. rencontre à Paris

 

À la demande de Cousteau, il adapte son invention à une bouteille d'air. Le détendeur moderne venait d'être créé avec l'"Aqualung" de Cousteau-Gagnan.
Après la guerre, la société se tourne vers les loisirs, et Jacques-Yves Cousteau comprend qu'il y a un véritable marché naissant dans la plongée.
Il dépose un brevet, et à l'aide de la télévision, il propage dans le monde entier son invention et son nom. Commercialisée en 1946, cette invention connaît rapidement un grand succès et permet à des milliers de personnes d'avoir enfin accès au monde sous-marin.

Les scaphandriers alimentés de la surface vont connaître leurs heures de gloire dans les années 1940 à 1950 avec la période du grand renflouement d'après guerre. Après cette décennie, ces scaphandriers sont peu à peu remplacés par des scaphandriers autonomes.

Rapidement l'attrait de la profondeur commence à obséder plusieurs plongeurs.
En 1947, un homme descend à une profondeur record de 307 pieds dans la mer méditérannée avec l'Aqua-lung de Cousteau.
En 1968, deux hommes descendent à 437 pieds en respirant de l'air sous pression.

 


En 1959, le YMCA devient le premier organisme national à donner des cours de plongée sous-marine. L'association NAUI se crée l'année suivante, puis PADI en 1966.
On estime aujourd'hui que plus de 500 000 personnes se font certifier chaque année en Amérique du Nord.
La technologie sous-marine avance rapidement, et un nombre croissant de plongeurs sportifs utilisent aujourd'hui de l'équipement qui était réservé, il n'y a pas si longtemps, aux plongeurs commerciaux, incluant les mélanges d'air avec le Nitrox et le Trimix, les systèmes de communications, les systèmes de propulsions, etc.

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